Université populaire albanaise (UPA), Genève ; Collectif kosove : urgence Vaud ; Collectif Solidarité Fribourg-Kosove ; Mouvement pour une Suisse ouverte et démocratique (MODS) ; Comité asyl.ch ; Coordination asile Suisse


Conférence de presse du 18 juin 1999 à Berne

FACE A LA TRAGEDIE QUI FRAPPE LA POPULATION DE LA KOSOVE, LA SUISSE DOIT FAIRE PREUVE D’HOSPITALITE ET D’OUVERTURE

1/2 Réduire l’attractivité de la Suisse + pour les ressortissants-es de la Kosove, réfugiés-es dans les camps en Madédoine, en Albanie ou au Monténégro, voilà les termes utilisés par le Conseil fédéral pour qualifier les objectifs de sa politique et pour justifier de nouvelles mesures restrictives annoncées.

Nous ne pouvons nous taire face à un tel cynisme et à un tel déni d’humanité.

( Rappelons tout d’abord que les travailleurs-euses de la Kosove, arrivés-es en Suisse déjà depuis la fin des années 60, ont obtenu un permis A de saisonniers, puis, avec les années, ont accédé au permis B annuel et enfin au permis d’établissement C. Ces travailleurs-euses, avec leur famille, représentent, 160'000 personnes. Elles/ils travaillent dans les secteurs tels que l’agriculture, l’horticulture, le bâtiment, le nettoyage, la restauration ou l’hôtellerie. Depuis des années ils/elles séjournent en Suisse et sont appréciés-es par leurs collègues de travail, leurs voisins, les habitants de leur quartier ou de leur commune.

( Au début des années 90, alors que la répression s’était aggravée en Kosove et que le gouvernement de Milosevic accentuait encore sa politique d’épuration ethnique, le gouvernement helvétique a mis en place la politique des trois cercles, excluant les ressortissants de l’ex-Yougoslavie de tout accès à un permis de travail en Suisse. Les Kosovars-es, fuyant la pauvreté et la violence, n’ont eu d’autres choix que de demander l’asile, ce qui leur fut d’ailleurs massivement refusé. Leur présence a toutefois été tolérée, dès lors que le gouvernement de Belgrade refusait de les 1/2 reprendre +. L’Office fédéral des réfugiés (ODR) leur délivrait des autorisations de séjour reconduites de trois mois en trois mois, au mieux de six mois en six mois. Ainsi, depuis près de 10 ans, des familles entières survivent dans cette précarité, ne pouvant formuler aucun projet quant à leur avenir , ni pour ici ni pour chez eux. Les parents ne trouvent pas d’employeur qui veulent les engager pour si peu de temps, les jeunes sont interdits d’apprentissage, sous prétexte qu’ils sont susceptibles de partir dans les mois qui suivent. Ce n’est qu’au printemps 1999, alors que les horreurs de l’épuration ethnique étaient étalées aux yeux de toutes et tous que l’ODR s’est enfin résolue à promettre à ces réfugiés-es de la Kosove une admission provisoire collective. Elle concerne aujourd’hui quelque 40'000 personnes.

( L’attitude xénophobe des autorités fédérales à l’égard des ressortissants-es de la Kosove s’est nourrie de l’amalgame fait entre une petite minorité d’entre eux qui se livrent à divers trafics et la grande majorité qui travaillent et vivent paisiblement dans ce pays. Elle est à l’origine de l’accord inqualifiable passé entre le Conseil fédéral et le président yougoslave Milosevic, accord toujours en vigueur qui permet à la police serbe de venir chercher à Kloten des requérants-es d’asile déboutés-es et d’empocher encore 3000 francs par personne renvoyée. Cette politique xénophobe est aujourd’hui à l’origine des directives et des pratiques inacceptables de l’Office fédéral des réfugiés (ODR) et de l’Office fédéral des étrangers (OFE) qui pratiquent notamment la division des familles, attribuant les nouveaux réfugiés-es à des cantons éloignés du lieu où ils/elles ont des parents de peur qu’ils/elles ne 1/2 s’installent + chez nous. Cette politique fonde la volonté d’entraver l’octroi de visas aux conjoints-es et aux enfants de détenteurs de permis B et C qui voudraient quitter les camps de Macédoine ou d’Albanie, à moins qu’ils/elles ne soient gravement malades. Elle permet d’interdire tout regroupement familial et de refouler aux frontières les parents de celles et ceux qui sont chez nous comme requérants-es d’asile depuis des années. Elle conduit le Conseil fédéral à négocier aujourd’hui un accord avec les pays limitrophes de la Yougoslavie, en vue d’ouvrir d’avance un couloir de retour forcé pour les réfugiés-es. Elle a également pour conséquence que les réfugiés-es n’ont pas d’autres choix, pour se mettre à l’abri et éviter un refoulement à la frontière, que de payer des passeurs mafieux entre 6000 et 9000 francs par personne. Dire donc que la Suisse 1/2 accueille + déjà près de 200'000 kosovars-es, comme le fait la conseillère fédérale Ruth Metzler, n’est pas conforme à la réalité. Trois quart d’entre eux sont venus-es dans notre pays pour y travailler, contribuer à sa richesse, et non dans le cadre de l’asile.

( Face à l’horreur du nettoyage ethnique qui touche les familles de la Kosove, séjournant dans notre pays, il est impératif que nous reconnaissions le droit à sauver les leurs, ce qui implique un devoir particulier d’hospitalité et de protection. II est urgent de permettre aux réfugiés-es qui croupissent dans les camps en Macédoine et en Albanie, à rejoindre leurs familles et de disposer d’un statut qui leur redonne confiance et dignité. C’est la meilleure garantie pour un retour volontaire dans leur pays, dès lors que les droits de la personne y seront garantis. Promouvoir 1/2 l’aide sur place + comme prétexte pour fermer les frontières helvétiques est totalement inacceptable.

Nous demandons aux autorités fédérales :

qu’elles autorisent le regroupement familial, au sens large du terme, sur la base des documents ou de déclarations de la parenté résidant en Suisse, indépendamment du statut de la personne présentant la demande

qu’elles assouplissent les conditions extrêmement restrictives applicables en matière de regroupement familial (logement, revenu)

qu’elle attribuent les réfugiés-es dans les cantons selon les liens de parenté en donnant ainsi la possibilité aux familles kosovars qui le désirent d’accueillir leurs proches. Les réfugiés-es accueillis-es dans ces familles d’accueil doivent être mis au bénéfice des prestations prévues par la politique d’asile de la Suisse (logement, nourriture, assurance, suivi médical, scolarité). La possibilité devrait être donnée aux personnes résidant en Suisse qui en ont manifesté la volonté d’accueillir également des réfugiés-es de la Kosove

qu’elles garantissent le maintien de l’accès pour les réfugiés-es à une procédure d’asile en application de la Convention de Genève du 28 juillet 1951

qu’elles organisent rapidement un transport collectif depuis les camps ou les abris en Albanie, Macédoine, Monténégro ou Bosnie-Herzégovine afin de ne pas mettre les réfugiés-es à la merci des passeurs et des mafias qui les exploitent et mettent parfois leur vie en danger (notamment dans la traversée de l’Adriatique).

qu’elles fournissent une aide massive sur place, dans les camps de réfugiés-es et pour la reconstruction de la Kosove, aide qui est absolument complémentaire avec une politique ouverte d’accueil.

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